Dievouchka : anthropologie des jeunes femmes russes

« Dievouchka », vous l’apprendrez vite, est l’un des indispensables du vocabulaire russe. Utile autant pour appeler une serveuse qu’attirer l’attention de n’importe quelle fille entre 14 et 25 ans. Ce « Mademoiselle », enfin plutôt « jeune fille » russe, n’est en aucun cas à rapprocher avec les charmantes interpellations au bord de la gare du nord ou en sortie du métro parisien. Il s’agit autant d’une dénomination physique que sociale, aucunement d’un outil de séduction dans la rue. Ce terme identifie en effet toutes les femmes non mariées russes. Or, vous apprendrez à fréquenter ces dernières un peu partout, surtout si vous êtes étudiant, et surtout si vous êtes étranger. Les deux adjectifs précédents combinés vous offrant le meilleur espace sociologique possible pour approcher cette espèce peu farouche et très répandue.

L’image de la femme russe est un sujet particulier auquel il était nécessaire de consacrer un article entier. Autant pour évoquer quelques pépites aperçues ici, tout autant que pour comparer l’image de nos deux sociétés. Car oui, avouons le, s’il est bien une chose que les Européens ou leur cousins d’outre atlantique pensent savoir sur la population russe, c’est que les femmes russes aiment les talons hauts, la lingerie fine et leurs amants occidentaux.

Ce phénomène a autant été introduit par les joueuses de tennis, le goût des mâles européens pour une touche d’orientalisme, les James Bond Girls roulant les R que les russes elles mêmes en visite ou en exil de l’autre coté du Niémen. Mais qu’en est-il vraiment ? Les jeunes filles russes sont elles exactement comme les européens se les représentent ? La Dievouchka est-elle la prédatrice avide de Goldeneye ou bien une simple victime du machisme de la société russe ?

 

L’image subliminale qui traverse l’esprit occidental lorsque l’on parle de ce sujet. Alors, otages de leur société ou créatrices de cette image sulfureuse ?

Ah, et pour ceux qui sont tombés par hasard sur cet article : NON, pas de photos ou de vidéos pour illustrer certains propos. Il y’a assez d’annonces comme ça sur Internet.

Tout d’abord, quelques messages personnels : 

Précisons le, j’ai pu analyser un brin le comportement des russes à l’étranger pour être sorti avec quelques unes. Ma charmante petite amie française est elle même d’origine russe : autant vous dire que je prends le maximum de pincettes et de précautions avant d’évoquer ce sujet. 
Et pour la énième fois, NON, ce n’est pas que pour ça que j’ai appris le russe.

Mais il restait à réellement voir des jeunes filles russes jouer à domicile. Sur ce point, nous n’avons pas été déçus. Je ne retiendrai ici que quelques une des anecdotes les plus significatives, mes amies russes sur place ainsi que mes colocataires échappent fort heureusement à la plupart de ces clichés.  

Autant retenir le plus drôle non ?

De plus, la grande connaissance de la langue française de certaines de mes amies m’incite à bien leur préciser que souvent, elles sont une exception, et m’ont permis de mieux comprendre la société russe et ses évolutions. Ainsi, cet article a été en partie réalisé, en plus de mes observations personnelles, grâce à nos conversations. Mesdemoiselles : merci.

La dievouchka : fantasme occidental

Fin août 2012, il n’est pas encore 7h du matin, Paris dort toujours. Le taxi m’emmène à l’aéroport d’Orly. Sur le trajet, j’entame la conversation avec Eric, mon chauffeur. Une fois averti de ma destination, ce dernier, grand voyageur dans ce que j’ai pu comprendre, m’a gratifié d’une magnifique entrée en matière. « T’as bien raison d’aller là bas. Je pense pas que je vais aimer le pays, mais alors les filles rolala. C’est qu’elles sont mignonnes, hein ?« .

 

L’accueil à la sortie de l’avion. Mais non je plaisante…

Belle entrée en matière à quelques heures de mon départ en Russie. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Interrogez-vous vous mêmes, qu’imaginez vous lorsque vous vous figurez une russe d’une vingtaine d’année ? La politesse m’évitera de vous citer les propres mots de ma petite amie à ce sujet : ils sont bien plus forts que tout ce vous pourriez avoir en tête.


Lo
rsqu’on regarde un documentaire sur les arnaques des agences matrimoniales (on a tous des moments de faiblesse), il y’a 99% de chances que l’on tombe sur une agence recrutant des russes ou des ukrainiennes. Lorsque l’on demande à un français comment il décrirait une jeune russe : il sortirait inévitablement les mots « maquillages » et « talons hauts » et pourquoi pas « mini jupes ». Le fantasme de la petite écolière, en somme.

Vous pensez que les jeunes filles russes pullulent et qu’elles font toutes attention à leur apparence ? Que parler une langue étrangère fera tourner les regards vers vous malgré votre eczéma facial passager ? Qu’il est plus facile de se faire aborder par une inconnue que de convertir mentalement les euros en rouble ?


Et bien, vous savez, ce site a pour objet de casser bon nombres de préjugés sur la civilisation russe. Donc non, ici ce n’est pas vraiment une plage de Miami, les filles ne vous sautent pas littéralement dessus et ne se retournent pas au moindre accent étranger. Mais si ce sujet est si particulier, c’est bien parce que, si vous pensiez cela : vous n’aviez pas entièrement tort…


Sachez qu’une étudiante de notre âge, c’est dans presque tous les cas avec du sur-maquillage, des talons hauts et une mini jupe du moment qu’il ne fait pas trop froid. Ma faculté de relations internationales ressemble parfois à un défilé de mode, et nous avons hésité avec un camarade à acheter une caméra go-pro pour montrer l’intérieur de notre faculté. Car mis à part deux trois réalisateurs peu douteux et en peignoir, personne ne nous aurait cru. Non pas qu’il y’ai quoi que ce soit d’indécent à proprement parler, mais il est vrai que nous avons tous étés frappés par ce qui pourrait s’apparenter à la faculté rêvée pour un célibataire. 

Uniforme de rigueur : qu’il neige, qu’il pleuve, qu’il vente. Certaines ont mêmes deux paires de chaussures par jour. Les miroirs et les vestiaires au sein de la faculté ne sont là que pour encourager le phénomène.

Mais cela mérite quelques explications.

Quelques faits de société :

La société Russe du 21ème siècle s’écarte entre deux grands phénomènes, d’une part une acculturation certaine, quoi que limitée, envers les valeurs de l’occident et surtout de son mode de vie, de ses moeurs libérés, et le retour en force d’une Eglise Orthodoxe patriarcale et qui se veut garante du mode de vie slave. Cette distorsion, ajoutée à l’héritage d’une société communiste pas encore lointaine, a vraisemblablement crée une sorte de paradoxe assez unique. Pour l’expliquer, un petit retour en arrière s’impose :

Héritant d’une société ou la femme était théoriquement partie prenante, tout aussi importante que l’homme dans la réalisation du communisme, la place de la femme était relativement bien ancrée dans la société politique et économique Russe d’avant 1991. On peut d’ailleurs remarquer ce fait dans d’autres pays dit « socialisant » lors de la guerre froide, rompant avec la société traditionnelle, ces régimes ont tenté d’imposer la femme comme l’égale de l’homme, facilitant ainsi les procédures de divorce, d’accès au travail, d’entrée au parti etc… Dit plus simplement : de coller aux principes d’égalitarisme si souvent bafoué dans d’autres domaines par ces mêmes pays.

Représentation idéalisée du rêve communiste : l’homme et la femme égale dans la réalisation du socialisme. La vieille société russe s’ouvre de force à l’égalitarisme d’Etat.

 

Mais le régime soviétique n’a jamais complètement réussi à faire disparaître les relents orthodoxes d’une Russie millénaire, et, déstabilisation politique, morale et économique des années 90 oblige, une bonne part de la population s’est à nouveau tournée vers l’enseignement de l’Eglise. Ce retour d’une foi forte chez une bonne part de la population amène la société russe à devenir de plus en plus patriarcale, sacralisant le rôle d’épouse. Même le parti communiste russe reconnaît lui aussi désormais les fondements de l’Eglise, et l’importance du mariage, à l’église, bien sûr.

Le fait est que les russes ont une perception différente du temps. Si vous n’êtes pas marié à 25 ans, vous êtes considéré comme une « vielle fille ». Ceci est à mettre en rapport avec les célèbres Babouchkis, qui peuvent hériter de ce titre dès l’âge de 50 ans. Les russes n’étant pas connus pour leur langue de bois en privé, il est très dur pour une femme approchant la trentaine d’espérer beaucoup en société si elle n’est pas marié. La femme russe cherche donc à plaire et à séduire, et certaines mères n’hésitent pas à pousser leur fille dans cette voie.

Ce dernier facteur est à mettre en parallèle avec deux autres, d’une part le manque d’aide de la part du gouvernement depuis la chute de l’URSS : il est en effet plus facile de s’en sortir financièrement à deux sous le même toit. Et, facteur sans doute primordial, le déséquilibre démographique russe. Dans presque tous les pays du monde, Chine et Inde exclue, le taux des femmes est supérieur à celui des hommes.

Mais la différence entre ces derniers à atteint des proportions telles en Russie que cela est devenu un véritable problème démographique. Encore aujourd’hui en Russie, il y’a presque 54% de femmes pour 46% d’hommes. En d’autres termes, près de 11 millions de femmes se retrouvent seules. Même si cela implique beaucoup de grands mères veuves (l’espérance de vie des hommes étant très basses face à ces dernières), même la nouvelle génération est touchée par ce phénomène. La Russie est le pays du monde, quasiment à l’égalité avec sa soeur l’Ukraine, qui a le plus grand pourcentage de femmes dans sa population. Ce déséquilibre s’explique autant par l’émigration de travailleurs, la faible espérance de vie des hommes (elle frôle les 60 ans), tout aussi bien qu’à l’héritage des pertes de la seconde guerre mondiale, et ce encore aujourd’hui (sur 27 millions de morts, 70% étaient des hommes).

Il est presque quotidien d’observer des groupes de jeunes mariés se promener autour des monuments historiques. Il est très fréquent aussi de s’interroger sur leur âge.

 

Toujours est-il que c’est une société où le mariage est redevenu une part essentielle de la vie privée, tout aussi importante que la libéralisation des mœurs depuis la fin des jeunesses communistes. Ce double phénomène, associé à la disproportion des sexes, rend la société russe extrêmement troublante quant au statut des femmes. Celles-ci sont sacralisées à la télévision et dans les transports en commun, et la beauté est un avantage social indéniable (primordiale oserais-je) dans la tête de nombreux russes. Mais personne n’imagine cependant une femme au pouvoir : chacun à sa place. La femme, objet avec un sacré beau culte, comme disait le poète.

« Je vous trrrouve trrrès beau » : l’exil des femmes russes 

Les frontières étant désormais ouvertes, qui oblige encore qui que ce soit à épouser ou à rencontrer un russe ? Le KGB n’est plus là pour contrôler si vous fréquentez un étranger. Beaucoup de filles russes ont ainsi émigré à l’étranger, de manière durable ou juste temporaire. Je me permettrai de citer la très peu scientifique mais très drôle « Désencyclopédie », et sa page dédiée à la Russie :

« La Russie compte environ 142 000 000 habitants, presque tous humains. Ces chiffres ne tiennent cependant pas compte de la principale minorité du pays, les ours. La Russie est aussi démographiquement originale : Il s’agit du seul pays au monde peuplée essentiellement de Russes. La population est en pleine décroissance du fait que les femmes russes émigrent vers l’ouest afin de s’accoupler avec des vieux dégueulasses occidentaux (…) ». Cette phrase serait bel et bien plus caustique si l’on ne savait pas que, effectivement, en plus d’être un cliché récurrent et peut-être le plus évoqué sur la Russie, ce cliché, c’est aussi une réalité. A tel point que le parti ultra nationaliste de la Douma propose dans son programme des sanctions contre les mariages à l’étranger.

Tapez « Russie » sur Google, il ne vous faut pas longtemps pour tomber là dessus.

 

Prêtes à quitter une Russie en chute démographique et économique lors des années 90, et attirées par la richesse occidentale si imagée dans leur pays, ce sont elles qui ont forgées en grande partie les clichés occidentaux. Cependant, ce phénomène continue modestement et beaucoup de jeunes filles tentent leur chance à l’étranger, le mariage n’étant malheureusement parfois qu’une excuse pour avoir un nouveau passeport. Même ici, il suffit de se promener sur Nevsky Prospekt et d’apercevoir toutes les publicités pour des agences matrimoniales ou les « massages pour hommes » proposés aux touristes. Nombres d’entre eux ne viennent pas que pour la beauté architecturale.

La Dievouchka dans son environnement naturel : l’université et les clubs

Dans la rue, les transports en commun, le métro, les clubs, les bars, cette surpopulation féminine est encore très visible. Une fois encore, il faut reconsidérer toutes les grands mères veuves le cabas à la main. Mais Saint Petersburg est une ville jeune, qui fourmille d’étranger, la proportion de jeunes filles est donc assez flagrante.


Mais vous savez aussi bien que moi que les femmes réussissent mieux dans les études supérieures, imaginez juste le ratio hommes/femmes dans une faculté de sciences humaines de Saint Petersburg. Concrètement, cela arrive souvent d’être le seul homme dans un couloir d’une trentaine de mètres de long. Couloir bondé, j’entends. Le meilleur endroit pour observer une faculté est peut être sa cafétéria, là encore, le déséquilibre saute aux yeux. Je ne peux m’avancer dans les chiffres, mais je pense pouvoir assurer que près des trois quarts de la population sont du sexe soit disant faible. Encore plus que dans n’importe quelle faculté de langue en France.

Sur le « facebook » russe, nommé « Vkontak », il est assez drôle de voir les photos de profil ou les posts des « amies suggérées », même de parfaites inconnues qui veulent vous ajouter. Ces photos seraient parfois censurées et certains posts se résumerait à de l’appel au sexe sur d’autres réseaux sociaux occidentaux. Pervers de tous bords : apprenez le russe.

De plus, si je suis habitué dans mon université française à croiser chaque jour une multitude d’étudiants étrangers, c’est un fait nouveau en Russie. Les partenariats sont récents, et certains, garçons comme filles, n’hésitent pas à montrer publiquement qu’ils connaissent et parlent avec des étrangers. Vous êtes parfois l’objet d’une certaine attention.

A l’université d’Etat de Saint Petersburg, il est possible de rentrer de deux façons différentes, soit en réussissant un concours qui vous exempte de droit de scolarité, soit en y mettant le prix chaque année. Vous comprendrez donc que les tailleurs de marque et les fourrures ne sont pas rares : bienvenue dans le royaume de l’apparence. C’est vraiment à se demander si certaines jeunes filles veulent par la suite tenter une carrière dans les relations internationales ou sont juste là pour apporter sur leur CV un plus dans leur rencontre avec les hommes d’affaires la nuit venue. 


La rentrée des classes, chaque matin. Non c’est encore un fantasme. En revanche, c’est le vrai uniforme féminin de parade de l’armée russe. Un autre aspect de l’image de la femme.

Il y’a d’ailleurs un endroit ou vous comprendrez encore plus la disproportion hommes/femmes dans la jeunesse : dans le monde de la nuit. Vous connaissez tous le rôle des physionomistes à l’entrée des boites de nuit ou clubs divers. Ici, parfois, certaines filles ne peuvent rentrer, non à cause de leurs minois ou de leurs décolletés : mais parce qu’il y a parfois trop de femmes à l’intérieur à ce moment précis. Il faut bien quelques garçons pour leur payer des verres. Lorsque soudainement un vigile de deux mètres de haut vous demande si vous avez 21 ans (chiffre qui en réalité n’a aucune portée juridique en Russie), sortir votre passeport français ou montrer clairement que vous n’êtes pas russe peut vous permettre de franchir les portes sans contrôles. Un cliché russe récurrent veut que tous les européens disposent d’un pouvoir d’achat aux locaux de leur âge. D’autant plus qu’ils sont censés raffoler des filles russes. Bref, les vigiles vous prennent très souvent pour de bons clients. Mises à part les « soirées privées » (comprenez : ne rentre ici que les filles en fourrure et les garçons avec chauffeur) et dans certains clubs payants, il n’est pas dur de s’amuser ici.

« Voulez vous coucher avec moi ? »

Cette phrase est autant là pour effrayer ma petite amie que pour souligner un fait : les clichés sur nous autres, français. Si parler anglais attirera presque obligatoirement le regard sur vous dans n’importe quel endroit (bus, université, dans un café), dans un lieu de vie nocturne, ce phénomène est encore plus accentué. Et alors, si jamais vous vous adressiez à votre comparse toulousain accoudé dans un bar, vous pouvez être sûr que vous êtes surveillés (épié serait plus juste) par la foule autour de vous, encore plus par la gente féminine.

En parlant français, il m’est déjà arrivé de rencontrer un jeune architecte dans un bus, un groupe de jeune dans un parc ou pas plus tard que la semaine dernière deux étudiants qui ont promis de nous offrir un verre «à la santé de Paris ». Avec les russes au masculin, vous savez qu’ils s’intéressent un minimum à votre parcours et à votre pays, et surtout, pourquoi êtes vous ici au cœur de la Russie. Avec les russes, au féminin, il reste malheureusement toujours un doute latent, s’intéresse t’elle plus à votre présence ici ou à votre aptitude  à lui payer un verre ?

Même si heureusement les russes qui nous ont accueillis sont vraiment attirés par la culture française, et qu’il est possible de parler de presque tous les sujets avec eux, d’autres que nous rencontrons chaque jour nous regardent plutôt comme des bêtes de foire. J’ai pour la première fois de ma vie compris ce que ressentait les femmes observés de manière insistante par un groupe d’homme dans le métro parisien. Sauf qu’ici, les proies, ce sont les hommes. Parler français dans un bus rempli d’étudiantes vous fera indubitablement sentir le poids du regard sur vous. Et encore une fois, quelque soit votre attitude ou votre physique. C’est ici qu’intervient un cliché à double tranchant : le français moyen est perçu comme romantique et libertin. Rajouté aux suspicions sur votre pouvoir d’achat : vous êtes la cible parfaite.

PARDON PARDON PARDON PARDON PARDON PARDON
C’est une BLAGUE. Ne me tuez pas.

 

Une chose qui rajoute à ce sentiment, les filles russes parlent généralement beaucoup moins aux étudiantes expatriées. Et c’est généralement un euphémisme: dans la plupart des cas, c’est un mépris non dissimulé. « Elles n’ont même pas de talons ces féministes étrangères. » (ceci est une VRAIE citation)

Ne nous mentons pas, la plupart des expatriés ne se plaignent absolument pas. Qui se plaindrait en effet que lors d’une simple pause cigarette une fille veuille tester le « french kiss » sans vous avoir parlé  plus de 2 minutes ? (Dédicace à mon ami F.D.). Et l’une des seules phrases françaises universellement répandue dans cette population est la phrase titre déjà évoquée, le tout avec la chorégraphie qui s’impose. Voir du Lady Marmelade à 1h du matin est un spectacle sans prix.

En effet, la mentalité russe est très différente de la nôtre. Et le comportement de tous les jours s’en ressent. Pas de chichis dans les relations hommes femmes, notamment dans la séduction. Mais d’un autre coté : peu de filles ici se voient libres et sans enfants à la quarantaine. Il n’est pas rare d’entendre des discours plus que machistes de la bouche de filles de notre âge. Comme thème récurrent : la sécurité du mariage, la distinction entre les tâches de l’homme et de la femme, le mauvais trafic à cause des conductrices, et bizarrement, il a été reproché trois fois à mon pays le féminisme français de 1968 qui change l’équilibre familial. Autant vous dire que certaines féministes européennes se sentiraient bien à l’aise ici… 

Je ne résiste pas au meilleur exemple auquel j’ai pu assister : lors d’un petit apéritif en Sibérie, ou j’étais le seul homme, une bière tombe. Je me propose d’aider à nettoyer le verre brisé. « Non non, c’est un travail de femme ». Plait-il ? Je demande à répéter, n’étant pas sûr de ma propre traduction. Même réponse. Cette fille avait 16 ans. Le poids de la société…

L’efficacité des démonstrations des fameuses FEMENS en Russie et Ukraine peut à ce juste titre être contestée. Si elles sont largement médiatisées dans le reste du monde, elles restent malheureusement pour la plupart des russes imaginés comme des bêtes de foires. Montrer de superbes jeunes filles seins nues devant une assemblée reste plus une distraction agréable qu’une revendication sociale sérieuse pour la télévision russe. Avec tout ce que j’ai pu vous évoquer auparavant, cela ne vous surprendra guère. Quand aux « Pussy Riots », si la majorité des russes jugent leur condamnation très sévère, cette majorité considère aussi leur acte comme condamnable et malvenu.

Jouant sur les clichés de la société russe, les Femens s’exportent même désormais jusqu’au 18ème arrondissement de Paris.

 

Partant de cette base, imaginez-vous maintenant la place d’autres considérations sexuelles et sociales ici, telle que l’homosexualité en Russie. Petite anecdote, le « prosélytisme homosexuel » est un délit ici, et les tentatives de « Gay Pride » ne trouvent comme réponse que la menace de mobilisation des OMON, police militaire locale. Alors oui, le contact des jeunes filles peut vous faire croire à une société libérée : mais ça n’est qu’un leurre.

Le temps de conclure :

Encore une fois, non, la Russie n’est pas forcément le paradis du célibataire. Oui la liberté des mœurs des dievouchkis et leur nombre pourrait vous faire croire, à vous étudiants, que votre destination de 3A n’aurait pu être mieux. Certes. Mais n’oubliez jamais que vous n’êtes pas un mâle dominant ici, c’est Mademoiselle qui choisie. Dans la plupart des cas, c’est vous la proie. Malgré le machisme ambiant, voici encore un paradoxe de la vie russe.

« Un loup attaque une femme russe; elle le tue »                       Un petit exemple du caractère bien trempé des femmes russes.

 

Petite anecdote qui vous rendra peut-être prudent, certaines maladies disparues en Europe depuis plus de 50 ans sont réapparues avec la présence de ces célibataires migrantes, et la Russie est un pays largement touché par le Sida. Ce n’est pas pour rien s’il vous faut obligatoirement faire un test pour rester plus de 3 semaines dans le pays, et le gouvernement ne fournit que très peu de chiffres. Si l’on croit l’OMS : « Les régions les plus critiques où l’on observe la prédominance du SIDA sont sans aucun doute la capitale Moscou puis d’autres villes comme Saint Petersburg où les comportements à risque sont les plus élevés pour contracter le SIDA, soit par pratiques sexuelles aussi bien que par l’usage de drogues ».  Miam.


Mais la Russie millénaire est tout de même loin de l’image sulfureuse qu’on veut bien lui attribuer. Cette image est sans doute due à l’absence de repères d’une jeunesse née dans le chaos des années 90 et aux déséquilibres démographiques plus qu’un fait culturel à proprement parler. Les tendances conservatrices qui tendent à revenir dans le pays, alliées au redressement de la démographie russe et à l’élévation du pouvoir d’achat risquent fort de faire décroître tous les phénomènes évoqués au cours de cet article.


Si tous les exemples que j’ai pu donner sont bien loin de représenter une généralité, ils n’empêchent qu’ils sont authentiques et qu’ils soulignent une image réelle de la société russe en ce début de 21ème siècle. Les femmes russes cherchent parfois plus qu’ailleurs à séduire. Si séduire les expatriés est désormais sans doute plus une tentation exotique que financière, la compétition entre femmes en Russie est une réalité pour s’assurer une place dans la société, en trouvant son mari dès sa sortie d’études. Voir même avant : l’âge du mariage est aux alentours de 23 ans, et il n’est pas rare de voir des mariages dès l’âge de 18 ans. Ces quelques ambassadrices de la séduction à la russe ne sont pas forcément là pour changer l’image qu’ont les occidentaux des russes, de même que représenter l’accueil amical et désintéressée de beaucoup de russes, et ce dès notre premier pas en Russie.

A ces mesdemoiselles, encore merci.

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A propos Arnoflav

Jeune étudiant encore idéaliste et innocent débutant dans la langue de Pouchkine, et tentant de survivre au climat et à l'immensité russe. Faut-il être un fou pour partir dans l'une des villes les plus froides du monde ? Fou de culture russe, sans doute. Passionné par l'histoire et la langue russe, il fallait bien vivre un an dans la ville des tsars pour approcher de plus près cette fameuse âme slave. Bref, ceci est l'histoire d'une année en Russie.
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9 commentaires pour Dievouchka : anthropologie des jeunes femmes russes

  1. intéressant comme toujours, ai personnellement aimé la radiographie du pied en haut talon!

  2. jean dit :

    Pour une femme russe, un Francais est réputé comme radin…qui est une qualité en France pour les Françaises (un homme qui ne claque pas son argent).

    • Arnoflav dit :

      Oui tout à fait ! Ainsi la culture classique de l’homme russe qui invite tout le temps et partout fait gravement défaut aux expatriés ici. Reste à savoir si c’est une réaction culturelle ou financière…

  3. Casimir dit :

    J’y suis allé, et je trouve pas que les filles russes ont vraiment envie de quitter leur pays, beaucoup s’y sentent bien, malgre le mauvais temps, encore un article bien franco français pour dire chez nous c’est mieux!

    • Arnoflav dit :

      Cher Monsieur,

      Si vous avez lu correctement cet article, il décrit l’envie d’aventure amoureuse avec « l’étranger », pas l’exil, même si c’est un phénomène constaté depuis les années 90. Les russes éprouvent un profond attachement à leur terre et à leur culture, et s’exiler est pour eux un vrai déchirement. Mais comment expliquer que la plupart des demandeurs d’asiles russes (au sens ethnique) sont des femmes et non des travailleurs ?

      Je tiens juste à vous rappeler que j’ai vécu l’année dernière dans un milieu particulièrement curieux et voyageur, comme le sont les russes de mon âge. Cela explique sans doute les commentaires et observations que j’ai pu entendre.

      J’ai toujours tenu à l’objectivité (relative, car nous sommes ainsi) de mes articles et à une certaine liberté sociologique pour décrire la russie d’aujourd’hui. Navré que ma démarche vous paraisse trop française, mais tout comme les russes, je reste forcément dépendant de ma culture native.

      Bien à vous

  4. vincenzo dit :

    Bonsoir Arnoflav,
    je viens de finir la lecture de deux de tes articles… « Dievouchka : anthropologie des jeunes femmes russes » et « L’Ours ou le Bélouga ? Une chronique de la Russie de Poutine »
    Mon intérêt pour la russie relève un peu de la curiosité et aussi parce que j’ai récemment été contacté par une très belle femme âgée de 32 ans (du moins sur les photos qu’elle m’a envoyées) originaire du Kamtchatka (région se situant à 8500 kms en gros de là ou j’habite). Je ne suis pas naïf et je me suis demandé si la demoiselle était un faux profil… Je définis par faux profil des personnes intéressées uniquement par l’aspect financier de ma personne. Bref comme la personne avec qui je communique semble pour l’instant relativement honnête j’ai décidé de me prendre au jeu. C’est pour cette raison que je me suis plongé avec beaucoup d’intérêt dans la lecture de ton article sur l’anthropologie des femmes russes. Ton autre article sur Poutine est tout à fait instructif et m’a un peu remis en question sur une vision un peu trop manichéenne. J’avoue qu’avant d’avoir lu tes articles même si ils datent de deux ans maintenant, j’avais beaucoup de clichés sur la société russe, grâce à toi j’en ai un peu moins… Merci.

    • Arnoflav dit :

      Des années plus tard, et ces écrits de prime jeunesse retrouvés, je vous dis merci à mon tour pour votre lecture, et en espérant que ces lignes puissent vous avoir été utiles.

  5. Ping : Les femmes slaves sont-elles différentes? | Amourslaves

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